Rencontre + interview avec Guillaume Taliercio de In Girum

Brutal. est allé à la rencontre du céramiste Guillaume Taliercio/In Girum dans son atelier à Paris. Partons à la découverte de son univers à travers une interview.

 

Quel est ton parcours et ta formation pour arriver à la céramique ?

J'ai suivi des études d'ingénieur en informatique "par défaut", pendant 5 ans. Lorsque j'ai eu mon diplôme j'ai tout de suite senti que cette vie n'allait pas me correspondre et c'est vers un métier manuel que j'ai décidé de me tourner. Après avoir pris quelques cours du soir de reliure avec la mairie de Paris, je crois que je suis tombé sur une vidéo YouTube montrant un potier à l’œuvre et ça m'a donné envie d'essayer.

Après avoir fait un petit stage de 4 ou 5 matinées à l'atelier ATC avec Rémi Fontaine, j'ai décidé de m'inscrire chez Augusto Tozzola pour préparer le CAP. Ce n'est donc pas une passion à l'origine, mais plutôt une échappée, la passion m'est venue plus tard, avec la technique.

Es-tu autodidacte ou as-tu appris de quelqu'un d'autre?

J'ai donc passé 1 an à tourner des pots 7 heures par jour, 5 jours par semaine chez Augusto Tozzola. Ensuite, j'ai fait un petit stage d'application d'émail avec Christophe Bonnard chez ATC et je me suis lancé !

Interview et rencontre avec le céramiste Guillaume de In Girum à ParisInterview et rencontre avec le céramiste Guillaume de In Girum à Paris

Te souviens-tu de ta première pièce ?

Je me souviens du premier four d'émail que j'ai défourné dans mon atelier, en décembre 2014, il était pas si mal ! Même si très loin de mon esthétique actuelle, je n'avais eu aucune coulure et j'ai pu tout offrir à ma famille à Noël !

Comment définirais-tu ton travail ?

Difficilement !...

J'essaie juste de faire des pots simples et beaux, dont les gens ont envie de se servir. Je me suis vite rendu compte que ce qui me réjouit le plus, c'est quand un client revient me voir pour me dire qu'il utilise quotidiennement tel ou tel pot qu'il m'a acheté.

Je m'inspire des poteries traditionnelles européennes, de l'âge du bronze au début du XXe siècle. Je ne suis pas non plus insensible à l'esthétique scandinave et asiatique, coréenne en particulier. L'école qui se réclame de Bernard Leach m'inspire pas mal, les Phil Rogers, Lisa Hammond, Jim Malone, Christine Pedley, etc. Je rêve d'avoir un four dans lequel je puisse cuire au sel ou à la soude, j'adore l'effet peau d'orange et l'idée que c'est vraiment la cuisson qui décore les pots presque à 100%.

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Quel est ton processus de création et de fabrication ?

Je réfléchis à la forme que je vais faire, en fonction de mon inspiration du moment ou tout simplement des commandes que je dois honorer, ensuite je prépare la terre, je la malaxe quelque temps et j'en fais des boules que je pèse sur ma vieille balance. Je tourne les pots en question que je laisse sécher. S'il le faut, après un jour ou deux je tournasse la pièce, c'est-à-dire que j'enlève le surplus de terre dont j'avais besoin pendant le façonnage et je place les éventuels rajouts tels que les anses par exemple. Puis vient la première cuisson à 1000°.

Une fois les pièces cuites une première fois, dès que j'en ai suffisamment, je les emballe un peu et je les emmène à la campagne où j'ai un autre atelier. Là-bas, je les émaille et les enfourne dans mon four à gaz où elles seront cuites à 1290°C environ. Après deux jours de descente en température... c'est prêt !

J'essaie d'utiliser de plus en plus des matériaux de récupération. Les cendres de ma cheminée pour l'émail et même un peu de terre que je trouve sur le bord des terrains vagues après la pluie, mais ça ne me sert pas encore dans la majorité de ma production.

 

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Interview et rencontre avec le céramiste Guillaume de In Girum à Paris

Quelle est ta technique favorite ? Ton moment préféré dans le processus ?

Favorite un peu par défaut... Je ne sais que tourner ! Mais pour être honnête, les autres techniques ne m'intéressent pas vraiment pour l'instant. J'aime quand je me perds dans la répétition et que les pots s'alignent sur la planche en face de moi pendant que je pense à autre chose ou que j'écoute un podcast.

Une terre bien préparée, sur le tour bien centrée, c'est tout ce qu'il me faut.

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Quel est ton matériau de prédilection ? Qu’est-ce qu’il te plaît chez lui ?

Le grès ! Même si j'ai appris exclusivement sur faïence. Les couleurs qu'on peut atteindre grâce à la réduction et la haute température sont celles qui me parlent le plus.

Qu'est-ce qui t'inspire en dehors de la céramique ?

Difficile de ne pas tomber dans un inventaire "à la Prévert", je citerai seulement le passé en général - je me demande tout le temps ce que mes ancêtres auraient fait à ma place - divers mouvements culturels undergrounds et beaucoup de lecture.

Quand je ne suis pas en train de fabriquer des pots, je joue un peu de musique, principalement du Métal. J'ai deux groupes en ce moment, un qui s'appelle Heaume Mortal et un autre qui s'appelle Cowards.

As-tu un pot préféré ?

Mon préféré c'est une très vieille bouteille à gnole qui vient de Normandie. Elle est cuite au bois et au sel et a un aspect très brut, ça pourrait carrément venir du Japon ! Ce que j'adore c'est ce qu'elle raconte. Le potier qui l'a tournée avait un geste très sûr et fulgurant, il en a sûrement tourné 60 autres dans la journée, et aussitôt qu'il l'a terminée, il en a oublié l'existence. Elle n'a même pas été tournassée et vue ses déformations, je dirais même qu'elle a séché directement au soleil. Elle n'a pas été émaillée non plus, car du sel allait être pulvérisé dessus pendant la cuisson. On voit qu'elle a été cuite sur le côté, ce qui n'est plus très courant, du sel s'étant déposé sur le dessous. C'est la quintessence de l'esthétique et de la démarche que j'aimerais atteindre un jour.

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Peux-tu nous parler d'un ou de plusieurs livres sur la céramique ou sur autre chose d'ailleurs ?

Mes livres sur la céramique sont plutôt techniques, ma bible en ce moment c'est "Ash Glazes" de Phil Rogers. Un de mes potiers préférés, de cette école britannique qui mêle inspirations d'orient et tradition européenne. Comme son nom l'indique, c'est un livre sur l'art de faire des émaux à base de cendres.

Quels sont tes derniers voyages marquants ou tes envies de voyages ?

Mon dernier voyage c'était en septembre 2018, j'ai fait un stage de deux semaines en Corée du Sud chez le maître-potier Kwak Kyung Tae et son assistant Marco Minetti. J'ai beaucoup appris là-bas.

Autrement, je ne suis pas très voyages, j'ai eu la chance de voir beaucoup de pays différents avec mes parents quand j'étais petit. Aujourd'hui, je suis plutôt du genre à chercher un endroit d'où je ne voudrais plus partir...

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